Lettre à T.

Cher Donald T,

Je t'écris cette lettre espérant qu'elle trouve ton cœur.

J'ai essayé. J'ai essayé, vraiment. J'ai essayé vraiment de croire, que tu pouvais changer. De croire que notre amour pouvait transformer les démons qui t'habitent, en forces pour des lendemains meilleurs. Bien sûr, on m'avait mis en garde. Toi-même, à travers tes discours complotistes, sexistes, racistes, climato-sceptiques, fascistes, ou bien tes gestes, brutaux, déplacés, insistants, menaçants, violents, dégoûtants. Tu n'as eu de cesse de me montrer que l'espoir que je plaçais en toi était vain. Que l'a lumière que j'avais cru apercevoir dans tes yeux un soir alcoolisé et drogué n'était que le reflet de lumières parasites de ton monde de faux-semblants.

Je me souviens de cette discussion un soir après cette journée que tu avais passée au golf avec ce J. Epstein. Ce soir où sale, transpirant et poussiéreux tu étais venu te vautrer dans le cuir de notre canapé et, le regard vitreux, tu t'étais adressé à moi en ces mots : “Regarde, regarde qui sont mes amis, mes loisirs, mes intérêts financiers. Crois-tu vraiment que je serais capable de laisser tomber tout ça pour l'hypothétique bonheur d'un hypothétique ours blanc au Groenland ? Je hais le Groenland, leur banquise, leurs poissons, et leurs maisons colorées.” après une pause pour étouffer un rot, tu repris “Le climat, mais bon Dieu, Qu'est-ce que ça peut bien me foutre que le Tuvalu se noie sous les eaux du Pacifique d'ici la fin du siècle. L'arrière-cour de notre villa en Floride est plus grande que toutes leurs îles réunies. Tu sais, cette arrière-cour qui pue à cause de la grille d’égout, tu vois, c'est ça, le Tuvalu, ce sont mes égouts dans le Pacifique.” C'en suivi ton rire gras, satisfait, qui rapidement laissa place à des ronflements assourdissants d’ivrogne vaincu.

Je te regardais là, avachi, drogué, ivre, ton bras qui s'agitait machinalement, par réflexe, tentant de remettre ta mèche pour cacher ce crâne chauve livide. Et pourtant, je ne pouvais m'empêcher de m'interroger sur ces paroles qui cachait je l'imaginais, une grande détresse. Une incapacité à gérer celui que tu étais devenu, prisonnier de ta destinée, d'enfant pourri-gâté jusqu'à la moelle et au-delà. Mais qui, enfant quand même, avait pu, un jour, avoir ce regard innocent, devant un soleil couchant, un regard rempli d'émotions.

Je dois pourtant me rendre à l'évidence. Cet enfant n’est que dans mon imagination, mon espérance, ou dans ces mots couchés sur ce papier. Jamais, auprès de toi je ne fus témoin d'un acte, d'une parole, d'un tressautement de la paupière qui aurait pu valider ou simplement appuyer mon espoir. Aussi, il est temps pour moi d'avancer. S'il n'est pas de petit pas inutile pour le climat, je compte bien qu'en plus de sa symbolique, celui-ci revête une importance de premier ordre :

JE TE QUITTE DONALD, JE TE QUITTE !

C'est terminé. C'en est fini de toute cette énergie gaspillée, de toutes ses ressources mobilisées pour te faire changer. Fini la montée du niveau de mon anxiété à chaque fois que tu approches tes lèvres orange d'un micro. Fini le déni. Tu es l’allégorie, de tout ce qui ne va pas dans ce monde, tu souilles la planète de ton être libidineux, arrogant, flasque et parasite. Si un jour je me suis figuré qu’une thérapie puisse un jour te soigner, la seule qui aujourd’hui me semble adéquate et proportionnée est celle qui a été administrée aux dinosaures : un astéroïde en pleine face, vois-tu ? Mais pas n’importe lequel. Un, tout juste calibré à ton intelligence, assez gros pour qu’à l’impact, fonde avec ta graisse, toute ta malfaisance mais assez petit pour qu’il épargne ta casquette, l’une des nombreuses de ta collection, que tu portes comme le cancre portait jadis le bonnet d’âne. Cette casquette serait la seule chose que j’accepterais alors comme héritage de notre histoire. Précautionneusement, je l’envelopperais avec soin de mes bras protecteurs. Je l’emmènerais par le train, puis le bus, jusqu’à cette Villa de Floride que tu aimes tant, qui entre-temps aura été réaffecté en centre autogéré d’accueil des migrants et des réfugiés avec salle de classe, hôpital, bibliothèque,etc, et dans laquelle nous préparerons un avenir sensible, métissé et social. Dans l’arrière-cour, Je ferais construire un mausolée aux normes anti-ouragan. C’est là dans ce petit temple à ton honneur que je la placerais, ta casquette, tout à fait au centre, sur la plaque d’égout. Il n’y aura pas de porte à ce monument. Il sera ouvert jour et nuit. De sorte, que jamais quelqu’un ne soit empêché par quoique ce soit de venir soulager une envie pressante sur ton couvre-chef.

Voilà Donald. Je t’ai tout donné, parce que l’humain est comme ça il donne et s’adonne sans condition, sans calcul prédateur, sans stratégie morbide et mercantile. Mais ça toi tu l’as oublié. Je n’ai pas d’inquiétude sur le fait que tu vas parcourir cette lettre rapidement et que tu vas sauter les nombreux mots qui te sont inconnus, voilà pourquoi je me suis permis de mettre le message essentiel en majuscules. Sens toi libre d’aller te consoler auprès de ton pote Sud-Africain cryptofasciste préféré, même si cela doit tous deux vous conduire sur Mars, bon débarras.

Adieu, ne m’écris pas, ne cherche plus à rentrer en contact avec moi comme avec le reste de la Terre.

publié avec write.as